25.03.2007

Les joies de la fanfare...

Spéciale dédicace au dude

si c'est comme ca je m'inscris demain...

(a regarder en entier)


 

Mo 

31.12.2006

Profession de foi - ou "Polanski n'a qu'à bien se tenir!"

J'aime la musique. Et j'en joue. Ca, je l'ai déjà dit à plusieurs reprises et à suffisamment de monde. Mais ce que j'ai moins raconté, c'est comment je me suis mis au jazz et pourquoi je m'y tiens plus fermement chaque jour.

J'ai commencé le piano à l'âge de cinq ans, juste avant d'aller vivre dans l'Essonne. J'ai alors appris les bases musicales indispensables au jeu classique que mes parents et mon professeur de l'époque estimaient être les fondements même de la maîtrise pianistique. Ce n'est que pour mon entrée au collège que je suis rentré à Paris. Recherche d'un nouveau professeur et finalement entrée au conservatoire Rachmaninoff (conservatoire russe). J'y ai passé deux ans assez pénibles, puis j'ai tout bonnement arrêté de jouer. J'avais alors treize ans.

Un an et demi plus tard, rentrée des classes. Le professeur de musique que nous avions alors au collège était de ces types avec le regard dur et la voix à la fois un poil grinçante et un brin chevrottante. Un vrai petit vieux... Mais c'était un véritable passionné de musique, doublé d'un excellent pianiste de jazz, formé dans des cabarets pendant les années 50. Quelques jours après la rentrée, il nous balance que les vrais amateurs de musique n'ont qu'à aller le voir à la fin de l'heure. Qu'à cela ne tienne, je me décide. Il m'explique alors qu'il donne des cours de jazz – piano et voix – gratuitement. Tout ce qu'il demande est suffisamment de travail pour qu'il n'ait pas à regretter ce geste.

Nous sommes donc partis, je vais apprendre le jazz! Ce jour a été un premier tournant, et à plusieurs égards. D'abord parce que j'allais me remettre au piano, à jouer une musique dont je me sentais plus proche. Ensuite parce que ses cours étant gratuits, il avait toute liberté de me lâcher du jour au lendemain. Je pense fondamentalement que la gratuité génère une motivation supplémentaire dans la mesure où elle introduit une notion de mérite bien plus importante: ces cours se méritaient.

J'ai eu droit à deux ans de cours avec lui. Puis il a pris sa retraite. La veille, donc le jour de notre dernier cours, il s'arrête et me demande:

« Au fait, vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi je sacrifiais une partie importante de mon temps libre pour vous donner des cours gratuits »?

J'avoue que je suis resté perplexe et que je n'ai pas trop su quoi répondre. Je lui explique que la question m'a effectivement effleuré l'esprit, ajoute un laïus foireux genre service public et tout le tintouin. Sans aucune conviction bien évidemment.

C'est là que l'histoire devient intéressante, car il s'agit de son histoire.

Après ma réponse, il marque une pause et avec un sourire en coin, il me dit: « Vous souvenez-vous, j'ai dit une fois en cours que la musique pouvait sauver une vie. Je parlais en fait de moi. ».

Silence. De quoi parle-t-il?

Cet homme officiait donc comme pianiste dans des cabarets parisiens. Puis est venue la guerre d'Algérie et il s'est retrouvé mobilisé alors qu'il ne voulait absolument pas porter les armes. Il est quand même parti, mais pour jouer de la musique pour les officiers.

Un jour, leur camp a été attaqué et tous les soldats présents ont été tués ou faits prisonniers, sauf lui. Parce qu'il était musicien. Parce qu'on n'emprisonne pas un pianiste... Il s'est donc retrouvé seul homme libre de sa cohorte, et il a continué à jouer, et pas seulement pour les Français, mais aussi pour les Algériens. Il a ainsi vivoté pendant quelques mois, et est rentré à Paris.

Depuis, il s'était juré d'enseigner la musique et de faire partager cette passion, et pas seulement parce qu'il trouvait ça beau, mais aussi parce qu'il était convaincu c'est tout ce qui reste quand on a quasiment perdu tout espoir. Il paraît même que certains pianistes qui se sont retrouvés en prison sont allés jusqu'à dessiner des touches de piano sur de simples planches de bois pour entendre intérieurement cette musique qui les hantait et qu'il ne pouvaient exprimer par un autre moyen.

J'avais envie de partager cette histoire parce que je la trouve tout simplement belle.

Et vous?