20.12.2006

Beaucoup de bruit pour rien

Douze bruits pour donner le compte exact, des cloches qui sonnes. Il faut ajouter a cela des gens qui compte a rebours puis crient et s’embrassent et se donnent des résolutions qu’ils ne tiendront pas. Le nouvel an c’est beaucoup de bruit pour rien. C’est pas une mauvaise chose non plus, notez, SI et seulement SI on retient cette règle d’or : ne s’attendre a rien de particulier. Pas besoin d’être chrétien pour s’enthousiasmer à l’approche de Noël, une fête riche d’image, de sens et de rites pléthoriques. Pareil pour Halloween, ou Pâque, ou le Nouvel An chinois, pendant ces fêtes il se passe quelque chose, on s’affaire dans une communion. Et même le néophyte peut s’émerveiller devant le spectacle, balancer des gens sur des chaises au dessus des épaules, chasser des œufs, tout ca c’est pas commun et c’est fascinant. Au nouvel an qu’est-ce qu’on fait ? On compte à heure fixe comme des oies. Bel effort des espagnols pour pimenter la chose : bouffer du raisin. Mais ca le fait toujours pas. Il en va de même des diverses tentative de glisser du superstitieux dans la chose, c’est bien vu : nouvel an = avenir = allons y avec les superstitions : fais ci, fait pas ça, sinon, gare à toi… Mais rien ne suffit à pallier le manque de motifs, de profondeur et de couleur à la célébration du nouvel an. C’est la fête la plus insipide du calendrier.   L’ineptie touche au sublime quand des bons amis sont sur des fuseaux horaires différents et veulent se souhaiter la bonne année :

- Hey, Re ! Haha

-Héhé, oui re.

-écoute on va compter, t’écoute bien ?

-oui, oui

(brouhaha en derrière la voix)

-… 3, 2, 1, Bonne année !

- Re bonne année, héhé

- Oui re pour nous, trop fort !

-…

-Waouw c’est un truc de ouf ! C’est toujours la folie chez toi ?

- Ben il est 3 heures les gens sont grave bourrés, ils cuvent. Héhé

- Bonne année !!! Wouuuuuuuu !

- Héhé re !

- hmmm

- heu…

- J’entends pas super bien, scuse

- Ben oui avec tout les gens qui appellent

- Graaave t’imagines comment ils sont saturés.

- Ben oui, héhé…

- En tout cas franchement re-bonne année ! haha

- Re bonne année, héhé

Vous avez saisie l’astuce ? On peut le faire deux fois, ou même davantage, pour les plus fêtards d’entre vous.

Donc voilà ce que je préconise : Si on se sent bête de rien faire quand tout le monde « s’amuse », ce qui est légitime, pas la peine de s’enfoncer dans les boîtes de nuit pour voir comment les autres meublent la vacuité de l’événement. Le mieux est de préparer un bon repas avec quelques potes. Un repas, si il est réussi, est un événement en soi, si il est raté aussi d’ailleurs, y a moyen d’en rire, parce que le nouvel an C’EST PAS IMPORTANT.

06.11.2006

London Chronicles

Salut à tous, voici enfin les chroniques londoniennes que vous attendiez tous. Que de choses à dire sur cette ville ! Et je vous rassure, pas que des bonnes… D’abord il convient de la situer géographiquement, Londres n’est pas en Angleterre, c’est une idée reçue. Pour preuve personne n’est anglais ici.  Je me trouve exactement au croisement de cinq continents, peut être plus. Les gens que je croise dans la rue parlent japonais, russe, arabe, polonais, français, espagnol, que sais-je encore. Il arrive d’entendre de l’anglais parlé avec une certaine aisance mais que l’on ne s’y trompe pas, ceux là sont australiens ou néo-zélandais. De quoi trouver qu’on est ici chez soi, en tout cas pas moins qu’un autre. Et pourtant: « Home sweet home », « My home is my castle », pas tout à fait. Il m’a bien sûr fallut trouver un endroit où habiter urgemment puisque le 15 octobre je devais laisser ma place au chaud dans le lit de Malika à Elo. Il faut poser beaucoup de question au téléphone à vos collocs potentiels pour être sûr de pas se déplacer pour rien, et en même temps pas trop faire la fine bouche. La moindre chambre miteuse et chère dans un appart à la propreté douteuse se dispute entre une vingtaine d’aspirant collocs dans les 24 heures après que l’annonce soit postée. Certains proprietaires cherchent à vous parquer comme du bétail dans des immeubles délabrés qu’ils rachètent. D’autres se proposent de partager le trou avec vous, et vous demandent de renoncer à toute vie sociale, pour respecter la tranquillité de chacun en colloc (sic). Les anglais ne reculent devant rien, habiter avec un couple marier ca vous dit ? Enfin j’ai trouvé mon appart. Je ferai donc taire la rumeur qui sort d’on ne sait trop où : je ne vis pas dans un bordel. Je qualifie la colloc dans laquelle j’ai atterri de pension – et c’est pas un euphémisme pour désigner un bordel à pute à l’usage des conversations avec votre grand-mère. Je paye mon loyer toutes les deux semaines, en liquide, j’ai d’ailleurs pété un câble et failli rentrer à Paris quand le proprio m’a demander d’apporter £360 en liquide pour conclure le deal, c'est-à-dire dès le lendemain si je voulais pas que la baraque me passe sous le nez. Or evidemment, je peux pas retirer autant en une fois avec ma carte. J’ai gémi, râlé, chouiné, couiné, perdu toute dignité… je le dis parce qu’il y avait des témoins donc de toute façon je suis cuit. Bref, quelques personnes, moins généreuses qu’agacées m’ont prêté assistance et j’ai pu m’offrir la maison de mes rêves… enfin une chambre dans la pension quoi. Il y a un affreux lave linge qui me bouffe un pound chaque fois que je veux faire une lessive, un four qui essaie de m’immoler chaque fois que la faim me fait oublier la prudence, et des collocs fantômes : j’entends du bruit dans les autres chambres, les objets sont déplacés quand je reviens dans la cuisine mais les signes tangibles d’une activité humaine sont rare. Du coup je suis un peu un fantôme moi aussi. Je vis dans ma chambre, j’y embarque le téléphone et je me lance dans des engueulades acides entrecoupée de roucoulements lubriques dans une langue étrangère. Je pense que vu de l’extérieur je suis un spectre des plus épouvantables. Les fantômes aussies, kiwies et sud-af à côté, c’est de la gnognotte qui en chie de terreur dans leur drap blancs c’est moi qui vous le dit ! Aussi, quand je veux ramener quelqu’un pour la nuit, ça me coute £8, une pension je vous dis, une vrai de vrai. Enfin, je m’y plais bien dans mon manoir hanté à Leytonstone (ville de Beckam et Hitchcock, ‘fait froid dans le dos), qui quoi que les mauvaises langues pourront vous dire, n’est pas si loin du centre, pour preuve, je travaille à Piccadilly circus. Mais pas si vite, avant ca il y à eu la recherche d’emploi. Cette petite période de chômage m’a permis de découvrir la télévision anglaise, je passe sur la reality TV, ils en sont à 7 ou 8 saisons de big brother, ca vous donne une idée… Les pubs de l’après midi sont intéressantes sociologiquement : on y voit en boucle des pubs pour des assurances voiture, des prêts bancaires, et des organismes de réagencement de crédit. J’en déduis que les anglais, particulièrement quand ils sont chômeurs, ont pour hobby de prendre des prêts, d’assurer leur voiture avec, puis de se mettre en faillite personnelle. Cette observation m’a été confirmé par l’affluence permanente dans les banques, elles sont plus bondées que les pubs, or on sait tous que les anglais sont des ivrognes accomplis. Ils sont procéduriers aussi. Vous cherchez un emploi ? Pourquoi vous embarrasser d’un CV encombrant, c’est tellement mieux de remplir 15 pages de formulaires étriqués dans lequel vous caserez le détail des emplois occupés au cours des 5 dernières années au jour près, pour chaque emploi auquel vous prétendez. Attention, si vous vous trompez, vous vous exposez à des poursuites judiciaires, vous prévient-on. Vous croyez qu’ils n’en feront rien ? Je parierais pas là-dessus. Une autre grande institution du marché de l’emploi britannique est la lettre de référence de vos précédents employeurs. Depuis quelques temps celles-ci se sont plus succinctes « Untel a occupé tel poste, de telle date à telle date » parce que des employeurs ont trouvé que leur nouvelle recrue n’avez pas les qualités prétendues et ont attaqué les ex-employeurs dithyrambiques en justice ! Néanmoins il faut reconnaître ça, j’ai trouvé un job rapidement.  C’est un boulot con mais j’ai quand même eu droit à un entretien en bonne et due forme pour le dégoter : vos 3 qualités, vos 3 défauts, pourquoi on vous prendrait, 3 choses les plus importantes dans un boulot etc. cela dit je m’en suis sorti très bien avec des réponses parfois très limites. « Vous avez des question, n’hésitez pas ? Heu…(putain merde, dit quelque chose, un truc pertinent, vite merde, viiiite)…heu , vous mangez où ? ». C’est bien que finalement ils sont pas si regardant, ils posaient toutes ces questions par pure formalités…à moins qu’ils ne comptent m’attaquer en justice si je suis secrètement plus slip que caleçon. Je suis donc maintenant installé, un vrai petit rosbif. Il y a encore eu quelques détails à régler (dont la plupart ne le sont pas aujourd’hui). Et j’ai pu découvrir une autre facette de l’organisation anglaise, elle tient pas la route. Il est impossible quand vous travaillez de 9 à 5 – 35 heures par semaine, ce qui est peu – d’aller à la banque, à la poste, chez le médecin (hé oui c’était bien le moment !) de s’inscrire à la sécu, de passer à l’agence intérim… Or par exemple la banque et la sécu, c’est obligatoire quand on bosse et ils vous crachent à la gueule si vous allez les voir avant d’avoir un emploi. Enfin, je suppose que tout ca s’arrangera, que les anglais sauront faire preuve de souplesse… mouais, si si c’est sûr…sinon je chouinerai, je taperai du pied, je piafferai… ch’uis plus à ca près.