21.01.2007

The Office - Episode 2: La (Les) visite(s) médicale(s)

Sur ce point, on peut dire que j'ai été particulièrement gâté, parce que j'en ai eu 3 (oui, vous avez bien lu, 3!) alors que je ne suis atteint d'aucune maladie particulière, que j'arrive (presque) à marcher sur mes deux jambes uniquement...

Pour résumer, la visite médicale est un grand moment qui commence généralement par une convocation en milieu de journée ou d'après-midi, le jour où vous avez le plus souvent un max de boulot.


Première convocation

En générale, ça se passe comme ça: on vous fait mettre (presque) à poil et vous vous retrouvez nu comme un ver. Là-dessus, le médecin du travail vous vérifie la vue, vous fait pisser dans un bocal (ou pas, parce que connement je sortais des toilettes), vous pose plein de questions, qui vont de « Vous vous sentez bien? » (réponse: « Oui, même si je suis à moitié à poil devant une inconnue qui a un demi-siècle bien tassé et qui est en train de me pétrir le thorax ») à « Et vous avez une activité sexuelle régulière? Vous vous protégez? Vous fumez? Vous prenez combien de repas par jour? Vous mangez équilibré? Comment s'appelle votre mère? » (« Et ta soeur, elle est bonne? » désolé, c'est sorti tout seul...). Là-dessus, une fois que vous avez subi l'interrogatoire d'usage, on tamponne votre fiche en écrivant « Apte », et on vous fout dehors. Et d'ailleurs il n'y a pas de terme pire que ce terme « Apte ». Apte à quoi ? A me lever et à rester le cul posé sur une chaise de bureau toute la journée? Bref, je sors de la salle et reprends le boulot.


Seconde convocation

Le plus drôle, c'est quand on vous reconvoque pour une « visite médicale d'aptitude », qui n'est qu'une redite de la première avec un nom différent. Là, c'est un peu différent: on vous communique une liste de médecins tous aussi glauques les uns que les autres et vous y allez – et c'est obligatoire... Alors j'appelle le centre médical en question, obtiens miraculeusement un RDV pour le lendemain midi et m'exécute. Le lendemain, j'arrive au centre: pour faire court, il s'agit d'une espèce de dispensaire affreux où chaque médecin est identifié par un numéro. Vous arrivez, on vous donne votre numéro et on vous colle une étiquette avec matricule. J'arrive salle 8 et je tombe sur un médecin complètement gâteux, qui me pose les mêmes questions que précédemment, refuse de signer mon « attestation d'aptitude », me dit lorsque je lui pose une question que lui ne m'en a pas posée (en gros, « ferme-la ») et me renvoie dans mes pénates avec une prescription pour 2 vaccins, un bilan sanguin complet, une radio pulmonaire, un sermon sur la qualité des prises de tension dans son cabinet (prise de tension qu'il a refusé de faire) et une convocation pour la semaine suivante. Coût total de l'opération: 240 euro non remboursés par la sécu + 2 heures de boulot perdues.


Troisième convocation

J'arrive, le grand jour. J'obtiens cette fois-ci un RDV avec une femme bien plus aimable qui me fait mes 2 piquouzes, me demande pourquoi j'ai passé toutes ces analyses (Pour le plaisir évidemment, quelle blague!), signe mon papier et me renvoie au boulot, complètement déprimé d'avoir passé toutes ces analyses pour rien et d'avoir perdu tout ce temps. Mais ouf, j'ai réussi! Heureusement, ça va mieux que ça:

 

 

Je suis apte, je peux enfin commencer à travailler en toute confiance, bien intégré dans mon entreprise chérie avec mes collègues que j'aime. Mais mon répit ne sera que de courte durée...

Prochain épisode: Les premières bourdes

13.01.2007

The Office - un remake: Episode 1: Bienvenue chez nous!


Lorsque vous commencez un nouveau job, la toute première étape, mais non des moindres, est de passer le cap de l'intégration.

    En général, pour les grandes boîtes, celle-ci démarre avec un pot d'accueil et la remise d'une quantité astronomique de documents et de conneries diverses. Parmi celles-ci se trouvent parfois une sacoche – généralement moche bien entendu – des plaquettes en papier glacé vous expliquant que vous venez d'intégrer la meileure boîte du monde, des capotes avec le nom de ladite entreprise sur l'emballage (si, si!), un DVD sur son histoire, un stylo (sachant que vous en avez déjà 12 000 sur votre bureau), un livre, les documents sur la mutuelle maison, la convention collective, une charte de déontologie vous expliquant que « arnaquer les clients c'est pas bien », etc...

    Une fois que vous vous retrouvez à crouler sous une tonne de cadeaux et de paperasserie merdiques en tous genres, on vous convoque pour la grande messe: LA réunion d'intégration. Pour celles et ceux qui n'ont pas encore eu la chance de participer à ce genre d'événements, il s'agit essentiellement de rassembler tous les petits nouveaux autour de petits fours décongelés, servis avec du cidre, du jus d'orange et de l'eau minérale. Vient ensuite le grand manitou qui vous sert des compliments à n'en plus finir tout en vous mettant discrètement mais franchement la pression pour que vous donniez « le meilleur de vous-même dans la meilleure des compagnies » (en gros, travailler tous les jours jusqu'à pas d'heure pour assurer vore bonus et le sien).

Mais surtout, il y a parfois la vidéo d'accueil, et là c'est gratiné. Illustration:

 

 

Je ne saurais trop vous conseiller de mettre le son et décline bien évidemment toute responsabilité sur ce contenu...

Prochain épisode:

La visite médicale d'embauche

L'l

06.01.2007

The Office - un remake: Episode 0

Mon premier post sur la vie d'entreprise m'a permis de me rendre compte que j'avais mis le doigt (ou la main!) sur un intarissable puits d'inspiration. Nous voici donc partis pour une nouvelle série de posts. Mais d'abord, je vais vous présenter, en toute subjectivité, les différents métiers des gens avec lesquels je bosse – ou, dit plus honnêtement, les différents types de personnes qui m'aident à faire raquer un max de pognon à nos chers épargnants / investisseurs. Laissez-moi donc vous présenter mes « amis »:


Le patron: on a directement affaire au mec important de la boîte. Ancien commercial ou ancien gérant, son principal métier est de soigner les usines à pognon de l'entreprise. Il a la cinquantaine, aime les belles bagnoles, les (très) jeunes filles, a une jolie secrétaire (qui n'est pas non plus un top model histoire qu'on ne grille pas trop qu'il l'a recrutée pour son physique), mais est généralement marié, a entre 3 et 7 gosses et roule en Espace. C'est un peu le Villepin ou le Sarko de la boîte: le mec surmotivé et obsédé par le résultat, pour peu que ce dernier puisse se résumer à un chiffre (ou éventuellement deux).


Le président du Directoire (Chairman): Cest un peu le contraire du précédent. Plus âgé, il a aussi plus de bouteille. Ancien commercial, gérant, ou parfois même sorti de l'administration, il a des contacts tout partout, connaît la Terre entière, aime parfois aussi les (très) jeunes femmes mais sera moins bourrin du fait de son plus grand âge. Un brin aristocratique, pété de thunes, il habite Paris 16 ou le 78. C'est un peu le Jacques Chirac de la boîte: le mec surprotégé, hyper averse au risque, qui n'a plus rien à gagner et parfois beaucoup à perdre.


Maintenant, passons aux choses sérieuses.


Les commerciaux: les commerciaux sont une espèce de nouvelle génération de vendeurs d'aspirateurs. Vous en avez déjà eu au moins un au téléphone. C'est le genre de mec / nana qui vous appelle, fait semblant d'écouter les prétendus besoins que vous n'avez pas et vous refourgue une vraie merde à prix d'or. Illustration:

  • Bonjour, je m'appelle Arthur Durant et souhaiterais parler à Mme Ginette Dugenou

  • Mme Dugenou est absente, monsieur, elle est à l'hôpital.

  • Ah, elle n'est pas là, qui est à l'appareil?

  • Son fils

  • Ah, très bien, bon, vous lui demanderez de me rappeler lorsqu'elle rentrera? J'ai un nouveau produit d'assurance vie à lui proposer

Les commerciaux sont aussi les gens les plus optimistes que je connaisse. Le dernier en date a demandé à un structureur de lui créer un produit en lui assurant que le client qui était derrière avait au moins 500 millions d'euro à investir. Bilan des courses: 1 million investi, une coquette petite commission pour le commercial et une perte sèche pour la boîte...


Les gérants: Là, on est carrément à l'opposé... ou pas. Le gérant est par nature une personne diplômée d'une grande école qui a une fiche de paie à faire pâlir le Duc de Westminster et qui se doit d'être sérieuse et raisonnable. Il n'a jamais de temps à consacrer à quiconque, sauf s'il peut en tirer quelque chose – de pécunier il s'entend. Exemple vécu dans une entreprise antérieure, alors que je demandais à un de ces gérants un peu de temps pour parler d'un problème de boulot et de plan de carrière:

  • Euh, dis-moi Maurice, ça te dirait qu'on déjeûne ensemble?

  • Ca dépend, ça me rapporte quoi?

  • Bah euhhhhhhhh (gêné) c'est pour moi en fait

  • Ah, désolé, j'ai un meeting, un steering committee, une « date », une présentation au board, une due dil' (« diou dile »), un pitch client, un reporting sur les dernières NAV, ...

Ok, te fatigue pas, j'ai compris...


Les juristes: le juriste est un personnage indispensable. C'est un peu l'esclave de service, la personne qu'on appelle lorsqu'on a un problème extra-financier auquel on ne comprend rien et auquel on ne veut rien comprendre. Exemple (foireux):

  • Tu comprends quelque chose aux femmes, toi?

  • Non, mais demande au service juridique.

Bref, on leur refile (les pauvres) toutes les merdes possibles et imaginables avec lesquelles on ne veut pas se salir les mains.


Le support informatique (IT): c'est la version électronique du service juridique, un peu souffre douleur par moments. Ils se font toujours engueuler, sont responsables de tous les maux de la terre, sont reconnaissables à 500 mètres et te parlent un langage incompréhensible. Exemples:

  • Putain, j'suis vénère, j'ai explosé mon téléphone à coups de bate de base ball à cause d'un commercial qui a passé son temps à raconter des conneries. Je vais appeler l'IT, c'est pas normal que j'aie plus de ligne

  • Ouais, je sais, ils sont pas top réactifs à l'IT.

Ou encore (exemple vécu):

  • Oui, bonjour, j'ai un petit problème de connexion au réseau

  • Ah, oui, c'est le brassage des adresses qui a mal fonctionné. Vous pouvez vérifier si votre adresse IP est sur la bonne grille?

  • (Non mais de quoi il parle?) Euhhh, vous pouvez passer?

  • (Il arrive) Alors, c'est pas compliqué, en fait vous êtes sur le réseau 12987/12/X/12 alors que vous devriez vous connecter sur le 12987/12/Y/12.

  • Pardon?

En plus, le mec te raconte sa vie, t'explique que sa meuf s'est barré la semaine d'avant, qu'il n'a pas eu le temps de sortir son chien, le tout pendant qu'il est à 4 pattes sous la table en train de réparer ton poste (et non pas autre chose, bande de pervers lubriques!)


Les stagiaires: les stagiaires, quels qu'ils soient, forment en tout état de cause une espèce à part. Mus par un instinct grégaire, tant bien que mal intégrés dans la boîte, leur état d'esclaves modernes les pousse à se rassembler, pour le meilleur et pour le pire...


C'était donc une petite introduction, avant de (très rapidement) revenir poster des petites anecdotes de bureau.


L'l

03.01.2007

Les jolies... formations d'entreprises (sur l'air des jolies colonies de vacances)

Quand vous confiez votre argent à une banque, ne vous êtes-vous jamais demandé à quoi servaient les frais divers qui vous sont ponctionnés quand:

  • vous prenez une carte bleue

  • vous ne prenez pas de carte bleue

  • vous êtes à découvert

  • votre conseiller bancaire vous appelle

  • vous appelez votre conseiller (si si!)

  • vous achetez des produits financiers (mon dieu, mais comment tombez-vous dans le panneau?)

  • vous allez aux toilettes

  • vous respirez (ou pas, ça dépend de l'état du compte)

 

Bref, les banques sont, et c'est bien connu, d'immenses pompes à fric. Eh bien je vais vous dire à quoi sert cet argent!

Non, pas seulement:

  • à faire des pubs débiles où un pouce qui ressemble à s'y méprendre à un gode est censé aider tout le monde

  • à payer la Porsche du patron (qu'il a sûrement arrachée à un des clients de la banque), ou les taxis des employés qui n'ont pas envie de prendre le métro

  • à payer le traiteur dont personne n'a besoin mais qui est très chic et cher

  • à payer les séminaire où tout le monde se bourre joyeusement la gueule en Lituanie, aux Baléares, ou simplement au Ritz (c'est vrai d'ailleurs, pourquoi partir si loin)

Bref, pas seulement à engraisser tout le monde au passage. Et finalement, c'est pas si mal, parce que ça sert au moins à quelqu'un. Cet argent, tenez-vous bien, sert également à financer des... formations! Enfin, si je parle de formations, c'est bien parce qu'il n'y a pas d'autre nom pour désigner ce.... truc. Démonstration.

Je travaille donc pour une filiale d'une grande banque française, spécialisée dans la gestion d'actifs et la création de produits financiers divers, tous destinés à pomper un maximum de fric (et je l'assume, je dors même très bien, sisi!). J'avais réussi à échapper à un tas de trucs inutiles, m'étais fait avoir par une formation inutile et m'étais juré qu'on ne m'y reprendrait plus. Mais il faut avouer que celle-là, je ne l'avais pas vue venir.

15h30: coup de fil d'un informaticien du « support IT » (prononcer Aille-Ti-Seupport).

L'informaticien: Oui, bonjour, Robert au téléphone (je masque volontairement son nom vous l'aurez compris), nous vous attendons pour une formation sur l'outil machinchose (outil machinchose qui sert en fait à créer des produits financiers dans la base de données de la boîte, mais on s'en fout en fait).

Moi: Ah, oui, pardon, j'arrive.

Je cours, mets 15 minutes pour traverser la tour, me paume 4 fois et arrive. Dans la salle se trouvent (je voudrais par avance m'excuser des prénoms choisis, et toute ressemblance avec des personnes existant autres que celle mentionnées ici est évidemment fortuite):

  • une blonde, pardon, LA blonde, qui bosse avec les vendeurs qui sont chargés de refourguer, sans rien y comprendre d'ailleurs, les produits que des gens comme moi crééent. Nous l'appellerons Jeanne;

  • un autre informaticien à moitié autiste, que nous appellerons Maurice

  • un mec qui n'a pas ouvert un mot et qui passe son temps à tapoter son Blackberry;

Nous voici donc ensemble pour 2h30 de folie payées, bien évidemment, avec les sousous des petits épargnants chéris. La formation commence. Je tiens encore une fois à préciser que la scène est bien véridique...

L'informaticien: Merci donc d'être venus pour assister à notre formation sur l'outil machinchose. Je voudrais d'abord m'excuser, mais j'ai un problème de réseau (informatique).(Ben voyons, ça commence bien). Je m'appelle Robert et quand vous avez des problèmes, c'est moi que vous appelez (rappelons que le mec n'est pas foutu de faire fonctionner son propre poste..)

LA blonde: Moi c'est Jeanne, hihihi, j'aide les commerciaux sur l'outil. Je suis arrivée la semaine dernière, et ils me posent plein de questions. Et je dois leur répondre. Hihihih (ha ha)

Blackberry Man: Grmlbbbkllbllllb

Maurice: Moi c'est Maurice. Je suis aussi au support « Haille-Tea ».

Moi: Moi c'est L'l, je travaille pour la filiale Trucbidule.

 Déjà, au bout d'une demi-heure, je commence à m'endormir et suis pris d'une horrible envie de pisser. Mais je suis réveillé au bout d'une heure par un truc que j'entends sans le croire.

LA Blonde: Alors comme ça, çasert à créer des produits financiers. Mais c'est génial! Quand je vais expliquer tout ça à mes vendeurs!

Robert: Euhhh, oui, voilà. (Il montre un transparent Powerpoint incompréhensible. Il faut préciser qu'on n'a toujours pas vu à quoi ressemblait l'outil sur lequel on était censé se former) Donc vous renseignez le champ « Strike Date ».

LA Blonde: C'est quoi la Strike date?

Robert: Bah, euh (il hésite, le mec maîtrise, mais alors, mais pas du tout son sujet)... La date de strike (prononcer « Chtraïk » à l'allemande).

LA Blonde: Ah oui, je vois (elle voit rien du tout la pauvre). Et la « Trade Date »?

Robert (même jeu): bah euh.... La date de Trade, quand, euh... le trader passe le truc... euh l'ordre.

Une petite précision ici, parce que la finance est, il est vrai, un monde un peu spécial... Le trader est donc un peu comme un marchand de tapis: c'est le mec qui est en charge d'acheter et de vendre tout un truc de machins bizarres auxquels, lui-même ne comprend pas toujours grand-chose - et moi non plus d'ailleurs pour être honnête.

LA Blonde: Ah, OK OK OK.

Là, je suis donc atterré, mais 6 pieds sous terre, avec toujours la même irrépressible envie de dormir. Je dois faire quelque chose pour rester éveillé, alors je pose une question, débile bien évidemment, qui aurait pu fâcher finalement.

Moi: Et en gros, ça fonctionne comment? Parce que là pour le moment, en fait, on n'a pas encore vu l'outil fonctionner?

Silence, j'ai la sensation d'avoir dit une énorme connerie...

Robert: Ah, euh... (Le mec toujours aussi bon) En fait, je ne vous ai pas inscrit à la bonne formation. Pour les travaux pratiques, c'est la semaine prochaine

Et merde, me suis fait avoir, encore une fois.

La « formation a encore duré un temps absolument insupportable, entre la blonde qui ne comprenait rien, les deux muets, et moi qui ai quand même réussi à m'endormir: alléluïa.

C'est donc, chers amis, entre autres, à ça que sert l'argent que vous déposez à votre banque: à payer des trucs inutiles à des gens qui n'en veulent pas. Qui a dit que la banque n'était pas un métier de parasites?